26 juin 2009
Un " Vitrolles bis" pour Marine ?
Valeurs Actuelles
Article de Arnaud Folch publié le 25 juin 2009
C’était il y a douze ans. Rien, alors, ne semblait pouvoir arrêter le Front national.
Après avoir conquis les villes de Toulon,Orange et Marignane lors des municipales de 1995,le FN se voit offrir une seconde chance à Vitrolles en 1997: du fait de nombreuses “irrégularités”, l’élection sur le fil du maire sortant PS, Jean-Jacques Anglade,est en effet annulée par le Conseil d’État.
Mais Bruno Mégret, à l’époque numéro deux du FN,et candidat à Vitrolles,est empêché de se représenter pour dépassement de compte de campagne. C’est sa femme, Catherine, qui le remplacera.À l’issue d’une campagne sous haute tension et hypermédiatisée, celle-ci l’emporte au second tour, le 9 février 1997, avec 52,4 % des voix,face au candidat socialiste, soutenu y compris par la droite.
Pour un ancien adjoint de Catherine Mégret,« la victoire de Vitrolles reposait sur trois clés principales. 1. Un FN au sommet. 2.Une municipalité en quasifaillite minée par les scandales. 3.Un gros travail d’implantation frontiste ». Concernant le premier point,la donne a radicalement changé en douze ans : affaibli par ses échecs électoraux depuis la dernière présidentielle, divisé et endetté, le FN, loin de progresser, décline. Il n’y a plus de dynamique.
Le handicap est-il insurmontable pour la liste conduite à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), les 28 juin et 5 juillet, par Steeve Briois et Marine Le Pen ? Pas si sûr.D’abord, parce que si le FN régresse partout en France,ou presque,ce n’est pas le cas dans cette ville moyenne de 27000 habitants (voir notre graphique).
Alors que le Front national atteignait près de 10 % des voix au niveau national lors des européennes de 2004, contre seulement 6,5 % le 7 juin, il a, en revanche, considérablement progressé sur la commune d’Hénin- Beaumont : dix points de plus (27,9%) qu’il y a cinq ans ! Et dix points devant le PS…Bref, si le FN n’est plus au sommet dans ses ex-bastions du Sud,il l’est,plus que jamais, dans son nouveau fief du Nord.
Seule qualifiée frontiste pour un second tour,Marine Le Pen y a atteint 44,5 % des voix lors des législatives de 2007 – plus de… dix fois le score du Front au niveau national (4,2%)! Sans oublier les près de 30 % de Steeve Briois lors de l’élection municipale,finalement invalidée, de 2008. « Ici, le FN profite d’un microclimat », résume Marine Le Pen. Mieux: le déclin de son parti lors des derniers scrutins nationaux n’en fait plus le “chiffon rouge” qu’il a été: l’élection d’Hénin-Beaumont pourrait donc se dérouler dans un climat moins tendu – et plus favorable pour lui.
Pour le reste, on retrouve, dans le Nord,ce qui avait fait il y a douze ans le succès du Front dans le Sud.Municipalité PS sortante décrédibilisée,d’abord. Incarcéré depuis deux mois, l’ancien maire Gérard Dalongeville est accusé de “détournements de fonds public, faux en écriture et favoritisme”;malgré les 85 % d’augmentation d’impôts entre 2001 et 2005, sa ville est aujourd’hui au bord de la faillite.Cerise sur le gâteau pour le FN:« C’est nous, rappelle Steeve Briois, qui avons été les premiers à dénoncer les magouilles et à porter l’affaire devant les tribunaux. »
Concernant son implantation militante – troisième clé de son succès vitrollais –, le Front profite, là encore, à Hénin-Beaumont,d’un “microclimat”: alors que dans le reste de la France, le nombre de ses adhérents n’a cessé de chuter,il a été,ici,multiplié par trois en trois ans.Vaste permanence électorale, journaux, tracts et surtout présence quotidienne sur le terrain : comme Mégret en 1997,Marine Le Pen peut compter sur une vraie implantation.
Au contraire de l’UMP,quasi inexistante à Hénin-Beaumont, qui n’a obtenu que 11,5% des voix aux européennes. Et qui, comme la gauche (cinq listes!), se présente divisée (deux listes).Plus qu’à Vitrolles.Or,à la différence de 1997 (où Catherine Mégret l’avait emporté face à un seul adversaire),le FN,pour gagner au second tour,devra absolument bénéficier d’une triangulaire avec deux listes de gauche. La quatrième clé. Sans laquelle les trois autres risquent d’être inopérantes.
17:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






Ecrire un commentaire